Pourquoi les propos du délégué général de La République en Marche, Christophe Castaner, sur les sans-abris sont problématiques

M. Castaner, délégué général de La République en Marche et membre du gouvernement, a affirmé vendredi  29 décembre que le président de la République avait tenu son engagement de campagne vis-à-vis des sans-abris, à savoir qu’aucun-e ne serait plus à la rue au 31 décembre (voir la vidéo sur BFMTV ici). Assurant le service après-vente d’Emmanuel Macron (c’est normal, c’est aussi son rôle en tant que dirigeant du parti politique du président), M. Castaner a également voulu couper l’herbe sous le pieds des critiques journalistiques qui, bien sûr, ne manqueraient pas immédiatement de lui rappeler, images et vidéos à l’appui, qu’il y a bien toujours des hommes et des femmes sans-abris en cette fin d’année. Ce faisant, il déclare que les sans-abris qui le sont toujours le sont par choix : ils refusent d’êtres logés. Cette déclaration cinglante n’a pas manqué de susciter les réactions outrées des associations, telles que la Fondation Abbé Pierre ou le Secours Catholique, qui travaillent au quotidien avec les populations sans-abris.

Les propos de M. Castaner sont en effet très problématiques car soit ils témoignent de sa profonde incompréhension de la complexité des processus de relogement des sans-abris et de l’infrastructure d’hébergement d’urgence actuelle, soit ils reflètent une volonté purement managériale et manichéenne des services publics. Dans les deux cas, M. Castaner, qui n’est pas étranger aux contraintes de la parole publique, en particulier à la télévision, a choisi d’opérer une défense absolue de l’engagement présidentiel avec une simplification absurde des faits pour la corroborer : s’il y a des places vides en centres d’accueil, c’est parce que des sans-abris refusent d’être logés; sous-entendant un corollaire illogique validant l’objectif que l’hébergement des sans-abris (qui le veulent) est total. CQFD. En commettant cette erreur (consciemment ou non), M. Castaner offre une illustration fatidique de ce qu’est devenue la communication politique : des formules simplistes qui appellent des raisonnement encore plus simplistes et parfaitement digestibles dans le temps télévisuel court. Des lors, inutile de prendre en compte les raisons pour lesquelles des sans-abris refusent d’être placés en centres, inutile d’examiner les conditions d’accueil et de prise-en-charge, inutile de s’intéresser aux conditions de sécurité ou aux incertitudes de stabilité pour le long terme. Inutile donc de poser des questions sur les failles du service public. Inutile surtout de poser des questions sur le financement de ces services publics. CQFD.

 

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